samedi 22 juillet 2017

Les souvenirs de Gérard de Nerval


The Lovers, Marie-Francois Firmin-Girard (1838-1921).



La lecture de Sylvie (1853), intégrée au recueil Les Filles du feu, est à rapprocher de ce poème composé la même année :

Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ;
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cent ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize... Et je crois voir s'étendre
Un coteau vert que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coin de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs.

Puis une dame à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens...
Que, dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue ! - et dont je me souviens !


Dans la présentation de la nouvelle (édition le Livre de Poche), il est écrit : "Si le récit de Nerval témoigne de quelque chose, ce n'est pas de la persistance du tir à l'arc dans le pays de son enfance [le Valois], ni même du déchirement vécu entre les figures féminines de "sainte", de "fée" ou d'"actrice". C'est plutôt de la difficulté à donner du sens à sa vie quand le morcellement, la discontinuité, le décalage se manifestent dans ce qui nous relie le plus à nous-mêmes : nos souvenirs".  

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